Trois mois à troquer la voiture contre le vélo pour un télétravail 4 jours sur 5 : mon bilan carbone transport

Rachel Besson

mai 29, 2026

Lundi 4 mars, devant le garage encore humide, j'ai enfourché mon vélo électrique pour filer vers Lille-Flandres. J'avais laissé la voiture au repos pour mon seul passage au bureau de la semaine. Le froid piquait les doigts, le sac tapait contre ma hanche à chaque relance, et j'entendais la chaîne claquer sur le pavé mouillé. J'ai senti tout de suite que mon test commençait pour de bon, pas dans un tableau, mais dans ce départ un peu raide.

Comment j’ai organisé mes trajets entre vélo, transports en commun et télétravail

Pendant trois mois, j'ai gardé un rythme fixe : quatre jours de télétravail complet, aucune voiture, puis un seul jour au bureau. Le vendredi, je partais avant 7 h 20 quand j'avais le vélo, et vers 6 h 50 quand je prenais le bus. J'ai parcouru 18 km aller-retour pour le bureau, avec du vent de face trois fois et une bruine légère plusieurs matins. J'ai noté chaque aller, parce que mon quotidien change vite dès que je mélange météo, horaire serré et trajet unique.

J'ai utilisé un vélo de ville à assistance électrique, un abonnement aux transports en commun et ma voiture restée au garage. Sur la prise, j'ai relevé 2,3 kWh sur la période, batterie comprise. Le vélo électrique ne met pas les émissions à zéro, et j'ai gardé ce point en tête. Quand je prenais le bus, j'ajoutais aussi les émissions indirectes du trajet, sinon mon calcul devenait trop flatteur.

Après 10 ans de rédaction technique freelance, j'ai pris l'habitude de cadrer un test avant de le commenter. En tant que rédactrice technique freelance spécialisée CO2 supercritique, j'ai gardé ce réflexe de protocole pour ce test. Mon master en Génie des Procédés (Université de Lille, 2012) m'a appris à poser une base nette, puis à comparer sans tricher. J'ai calé mes estimations sur les facteurs de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME). Sans aller au-delà de ce que je pouvais défendre.

Ce que j’ai constaté après trois mois de trajets sans voiture

Au bout de trois mois, j'ai vu la courbe baisser franchement. J'ai compté 162 km à vélo et 72 km en bus, contre 1 170 km en voiture sur mon ancienne organisation. Mes calculs me donnent 93 kg de CO2e pour la période test, alors que j'étais à 221 kg avant. J'ai compris là que le gain venait surtout du fait de ne presque plus toucher la voiture, pas du simple télétravail posé sur le papier.

J'ai senti la différence dans mes jambes avant de la voir dans les chiffres. Au départ, j'avais les mollets raides le jeudi soir, puis j'ai retrouvé un trajet plus souple après la deuxième semaine. J'ai aussi noté une chose bête : je montais plus vite les escaliers du bureau. Et je récupérais mieux quand je rentrais sous une pluie fine. Cette sensation m'a donné envie de continuer, même les matins où je râlais déjà avant d'ouvrir la porte.

La semaine où la pluie n’a cessé de tomber, j’ai sorti la voiture du garage, et mes émissions hebdomadaires ont pris une bonne moitie. J'ai noté ce pic à part, sinon ma moyenne mensuelle aurait menti. Ce passage m'a rappelé que mon test tient bien quand la météo reste modérée, mais qu'il casse dès que la route devient pénible plusieurs jours d'affilée. J'ai eu un vrai doute à ce moment-là, parce que je voyais mon tableau se déformer sans pouvoir le lisser.

Je me suis méfiée des moyennes trop propres, parce qu'un bus plein n'a pas le même profil qu'une voiture seule. J'ai gardé la consommation du vélo à la prise, et j'ai compté les émissions indirectes du bus sans les gonfler. Le résultat reste net, mais il bouge quand la météo me force à changer de mode. Pour garder les chiffres lisibles, j'ai résumé mes notes dans un tableau, avec le trajet de base, la période normale et la semaine de pluie.

période trajet principal distance notée CO2e estimé
avant le test voiture solo 1 170 km 221 kg
période normale vélo + bus 234 km 93 kg
semaine de pluie voiture de secours 18 km + une bonne moitie

Ce que j’ai appris en vivant ce test dans mon quotidien familial et professionnel

À la maison, j'ai dû caler ce rythme avec mon compagnon, surtout le jeudi soir quand je récupérais mes affaires pour le lendemain. Je n'ai pas eu la logistique d'enfants à gérer, et ça change beaucoup la donne. J'ai aussi relu un repère de Mpedia sur les bienfaits du sport modéré au quotidien. Juste pour vérifier que mes trajets n'étaient pas une lubie de test. Cette lecture m'a rassurée sur le fond, même si je garde mon regard de testeuse et pas celui d'une militante.

Je vois bien, dans mon propre rythme, que ce test ne colle pas à toutes les vies. Une famille monoparentale, un poste à horaires décalés ou un trajet avec plusieurs arrêts n'auront pas la même marge. Quand je pars avant 7 h 00, je peux m'organiser; quand une réunion s'allonge, je perds ce confort et je sens la pression monter. Je ne prétends donc pas que mon cas se transpose partout, et je préfère garder cette limite nette.

J'ai aussi mesuré mes limites physiques, parce que l'assistance du vélo ne supprime pas la fatigue. Après une journée dense de rédaction, je sens tout de suite le vent sur le retour, surtout quand il tourne au nord-est. Pour une douleur persistante ou un souci de santé, je laisse ce cas à un médecin, pas à mon test. Je préfère le dire clairement, parce que mon protocole parle de transport, pas de prise en charge.

J'ai regardé d'autres options, surtout le covoiturage électrique et le bus plus régulier. Le premier aurait partagé l'empreinte entre plusieurs passagers, et le second m'aurait gardée sous le seuil de la voiture solo. Je n'ai pas chiffré ces scénarios au watt près, mais j'ai vu qu'ils restaient bien placés dans mon cas. Si mon trajet change un jour, je repartirai d'ici, pas d'une idée toute faite.

Après trois mois, ce que ça change vraiment pour mon empreinte carbone et ma vie

Après trois mois, j'ai compris que la vraie bascule venait de l'abandon quasi total de la voiture les jours de télétravail. Pas du télétravail lui-même. J'ai réalisé que ne plus utiliser la voiture quatre jours sur cinq, même avec mon jour de vélo. Divisait mon empreinte transport par plus de deux. Mon bilan passe de 221 kg à 93 kg de CO2e, et je peux le relier à mes trajets, pas à un slogan. J'ai aussi vu que le vélo seul ne ferait pas le même travail si je reprenais la voiture au moindre contretemps.

Dans mon quotidien, j'ai gagné des matinées plus calmes et j'ai perdu le réflexe de prendre la voiture pour un oui ou pour un non. J'ai gardé la contrainte météo, la recharge à surveiller et le casque à ne pas oublier sur la table de l'entrée. La voiture reste utile certains jours, surtout quand je dois traverser Lille-Flandres sous une pluie serrée, mais mon vélo a tenu pour le seul trajet hebdomadaire. Cette limite me va, parce que j'ai besoin d'un outil souple, pas d'une posture parfaite.

Je termine avec une nuance simple : mon test ne prouve pas que le télétravail coupe tout. Il montre que le mode de déplacement pèse plus lourd que le reste. Quand je regarde mes notes, je vois un vrai gain dès que je retire la voiture de quatre jours sur cinq. À Lille-Flandres comme devant mon garage, j'ai vu le même écart, et c'est ce chiffre-là qui me reste. Si on accepte de garder la voiture au garage et de composer avec la météo, le bilan reste clair.

Rachel Besson

Rachel Besson publie sur le magazine Qarboon des contenus consacrés au CO2 supercritique, à ses applications industrielles et aux enjeux de compréhension qui l’entourent. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux situer cette technologie et ses usages.

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