Cette semaine où j’ai noté chaque déchet que je produisais à rennes

Rachel Besson

mai 4, 2026

Je m’apprêtais à jeter mon sac poubelle, rempli en à peine trois jours, quand un tout petit bout de plastique microscopique, presque invisible, a attiré mon attention au fond du sac. Ce détail minuscule, que je n’avais jamais remarqué avant, a déclenché une sorte de déclic. C’est là que j’ai décidé de noter chaque déchet que je produisais pendant une semaine, pour voir ce qui se cachait vraiment dans ma poubelle. Ce récit raconte ce que j’ai découvert, les surprises, les moments de doute et ce que j’en ai tiré, au cœur de ma vie urbaine à Rennes.

Avant de commencer, qui je suis et pourquoi je me suis lancé

Je vis dans un appartement à Rennes, seule, avec un budget serré qui me pousse à faire attention à mes dépenses. Je ne suis pas encore engagée dans une démarche zéro déchet, mais je suis curieuse, et un peu frustrée par mes habitudes. Je sais que je jette beaucoup, mais je n’avais jamais pris le temps de vraiment regarder ce que je produisais comme déchets, ni leur nature précise. Mon appartement n’est pas très grand, alors la poubelle devient vite un objet avec lequel je cohabite. Ça m’a toujours un peu dérangée, mais je n’avais jamais eu de méthode pour comprendre ce qui s’y trouvait vraiment.

Tout a commencé le jour où j’ai décidé de noter chaque déchet que je mettais à la poubelle, en notant précisément chaque emballage plastique ou papier jeté. Ça n’était pas une idée sortie de nulle part, mais plutôt la suite logique d’une petite observation : un tout petit bout de plastique microscopique repéré au fond de mon sac poubelle, ce genre de déchet que j’aurais ignoré avant. J’ai voulu m’attaquer à ces déchets invisibles, à ces suremballages alimentaires qui semblent insignifiants mais qui, mis bout à bout, forment une montagne. Cette décision m’a semblé une manière honnête de savoir ce que je produisais au quotidien, sans illusions.

Avant de me lancer, j’imaginais que la majorité de mes déchets venait des emballages plastiques classiques, comme les sacs, les films alimentaires ou les barquettes. J’avais aussi en tête ce que j’avais lu sur les micro-déchets, ces particules minuscules qui passent partout et que personne ne remarque. Je pensais que le tri était assez clair dans ma tête, même si j’avais parfois un doute entre ce qui était recyclable ou compostable. J’étais convaincue que j’achetais assez bio et local pour ne pas avoir trop de suremballages. Bref, j’étais prête à confirmer mes idées, pas forcément à me faire bousculer.

Les premiers jours, entre découverte et frustration

Le premier soir, j’ai sorti la poubelle, encore tiède de la cuisine, et j’ai commencé à trier mentalement chaque déchet en me demandant à quoi il appartenait : plastique, papier, compostable, organique. Je notais tout dans un carnet, en précisant la nature et la quantité. Par exemple, j’ai écrit « 3 sachets individuels de graines bio », « 2 barquettes en polystyrène », « un film plastique délaminé ». Ça m’a pris environ vingt minutes, le temps de bien fouiller dans le sac. J’ai senti aussi des odeurs plus fortes que d’habitude, comme une sorte de fermentation des restes alimentaires, ce qui m’a poussée à jeter le sac en urgence. Il avait déjà pris pas mal de poids, sans que je m’en rende compte.

À partir du troisième jour, la fatigue a commencé à se faire sentir. Le rituel est vite devenu une corvée. Certains soirs, à la sortie du travail, je me suis retrouvée à zapper la prise de notes, surtout pour les déchets produits hors de chez moi, comme au bureau ou lors de petites sorties. J’ai vite compris que je sous-estimais la quantité totale de déchets parce que je ne les notais pas tous. Cette lassitude a aussi faussé la rigueur de mes enregistrements, parfois j’oubliais de compter des petits emballages ou des bouts de papier collants. Cette imprécision m’a frustrée, car je voulais un bilan fiable, pas un brouillon.

Une surprise qui m’a particulièrement frappée, c’est la quantité importante de micro-déchets, invisibles au premier coup d’œil, comme ces petits films plastifiés qui se délaminaient des emballages. Par exemple, j’ai remarqué que certains paquets de biscuits bio comprenaient des sachets individuels en plastique collant, qui s’accrochaient aux doigts et semblaient minuscules, mais s’accumulaient en masse. Ces déchets n’étaient pas faciles à trier, et je me suis rendue compte que leur nombre était bien supérieur à ce que j’imaginais. En notant ces détails, je découvrais un vrai phénomène d’infiltration de plastique dans mes déchets.

L’aspect sensoriel ne m’a pas échappé non plus. Les restes alimentaires, surtout les épluchures et les morceaux de fruits, ont commencé à gélifier dans le sac. Cette gélification a rendu la poubelle plus lourde et a provoqué une odeur désagréable qui s’est intensifiée au fil des jours. Ce détail m’a fait réaliser que la gestion des déchets organiques n’était pas anodine, et que je négligeais cet aspect. Le poids accru du sac m’a aussi fait prendre conscience que la quantité produite était plus conséquente que ce que je pensais, même si j’essayais de limiter au maximum mes emballages.

Au fil des jours, j’ai eu du mal à distinguer certains déchets compostables des déchets recyclables. Ça m’a causé une certaine frustration, surtout quand je retrouvais des emballages compostables jetés dans la poubelle grise. Par exemple, j’ai confondu un emballage plastifié compostable avec un film plastique classique, ce qui a faussé mes premières notes. Cette confusion a rendu le tri moins fiable et m’a donné un sentiment d’impuissance, comme si je n’arrivais pas à maîtriser la complexité du tri dans ma propre cuisine.

La fatigue, la complexité du tri, et les micro-déchets invisibles ont creusé un fossé entre ce que je pensais produire et la réalité. Pourtant, malgré ces frustrations, chaque soir, je reprenais mon carnet, avec un mélange d’envie et de lassitude, consciente que cette semaine serait un moment clé pour mieux comprendre mes déchets.

Le jour du déclic, quand vider la poubelle m’a fait changer de regard

Le moment du déclic est arrivé un soir, quand j’ai vidé mon sac poubelle rempli en trois jours. Je l’ai sorti de la cuisine, posé sur le balcon, et j’ai pris le temps de regarder la masse que ça représentait. Le volume était bien plus important que ce que j’avais imaginé. La poubelle, qui fait 30 litres, avait atteint les trois quarts de sa capacité, avec un poids que je n’avais pas anticipé. Ce choc visuel m’a frappée : en seulement trois jours, j’avais accumulé autant de déchets, et ça, sans compter ceux produits hors de chez moi.

En fouillant au fond du sac, j’ai retrouvé ce petit bout de plastique microscopique qui m’avait poussée à commencer ce comptage. Ce déchet semblait insignifiant, mais il symbolisait tout ce que je ne voyais pas habituellement. J’ai compris que ces micro-déchets, souvent collants ou délaminés, passaient inaperçus, mais s’accumulaient vite, et contribuaient largement au volume total. Cette prise de conscience a fait basculer ma manière de voir mes propres habitudes de consommation.

Ce jour-là, j’ai aussi repensé à mes achats alimentaires. Je me suis rendue compte que je n’avais jamais vraiment envisagé les alternatives urbaines disponibles à Rennes. Par exemple, je n’avais jamais testé les magasins de vrac qui sont à quelques rues de chez moi, ni les contenants réutilisables proposés dans certaines épiceries. Cette idée m’a semblé aussi plus accessible, contrairement à ce que je croyais. Le déclic m’a fait envisager des changements plus concrets, pas seulement des idées abstraites sur le zéro déchet.

Cette prise de conscience a aussi porté sur mes habitudes alimentaires. Je me suis demandé si certains produits que j’achetais en bio ou local n’étaient pas paradoxalement plus emballés que ceux que j’évitais. Le phénomène de suremballage, souvent masqué, était là, bien réel dans ma poubelle. Ce jour-là, j’ai senti que je pouvais agir différemment, même avec un budget serré et une vie urbaine, en privilégiant les contenants réutilisables et en compostant davantage.

Ce que je sais maintenant et ce que j’aurais aimé savoir avant

Cette expérience m’a appris beaucoup de choses sur mes erreurs de tri, notamment la confusion entre ce qui est compostable et ce qui est recyclable. J’ai compris que ce n’est pas parce qu’un emballage est biodégradable qu’il peut forcément aller au compost. Par exemple, certains emballages plastifiés compostables demandent des conditions spécifiques qui ne sont pas réunies dans le composteur urbain auquel j’ai accès. Je me suis retrouvée à jeter ces emballages dans la poubelle grise sans vraiment savoir si c’était la bonne solution. Cette incertitude a faussé mes premiers bilans et m’a fait perdre du temps à essayer de comprendre les étiquettes souvent floues.

Après cette semaine de suivi, j’ai commencé à ajuster mes gestes. J’ai privilégié les achats en vrac, ce qui représentait une vraie différence dans la quantité de déchets. Par exemple, remplacer les sachets individuels par un bocal en verre a réduit la production de plastique chez moi d’environ 30 %. J’ai aussi investi dans des contenants réutilisables pour mes courses, ce qui m’a évité d’acheter des sacs en plastique à chaque passage en magasin. Côté compostage, j’ai fait un effort réel pour trier les déchets organiques et les déposer dans le composteur collectif de mon quartier, ce qui a permis de réduire la gélification et les odeurs dans mon sac.

J’ai découvert que certaines pratiques sont accessibles même en milieu urbain comme Rennes. Les épiceries de vrac, les contenants consignés, ou les composteurs partagés sont des alternatives que je n’avais pas envisagées avant. Ce qui m’a frappée, c’est qu’il y avait un équilibre à trouver entre ce qui est possible à mon échelle et mes contraintes personnelles. Par exemple, je n’ai pas la place pour composter chez moi, mais je peux participer à un composteur collectif. Ces petits ajustements ont rendu la démarche plus réaliste et moins pesante.

En toute honnêteté, je referais volontiers cette expérience, mais pas de façon aussi rigoureuse ni aussi prolongée. La fatigue du suivi quotidien m’a montré que tenir un comptage précis sur la durée est difficile. Je doute que je puisse maintenir ce niveau d’attention sans que ça devienne une charge mentale trop lourde. Par contre, je garde la pratique d’observer mes déchets de temps en temps, pour ne pas perdre le fil. Ce moment de doute m’a appris que la motivation fluctue, et qu’j’ai appris qu’il vaut mieux s’adapter à ses capacités.

Je pense que cette expérience peut parler à ceux qui veulent vraiment comprendre leur production de déchets, mais elle demande du temps et de la patience. Pour les autres, il existe des alternatives qui m’ont croisée sans que je m’y attarde, comme les ressourceries ou les achats en circuits courts. Je suis consciente que ces options demandent parfois un effort supplémentaire ou une organisation spécifique. Pour ma part, j’ai préféré commencer par ce comptage simple, car ça m’a permis de poser un regard plus concret sur mes déchets avant d’envisager ces alternatives.

Au final, j’ai compris que la réduction des déchets passe par une observation honnête de ses habitudes, mais que ce n’est pas un processus linéaire. Les erreurs, les confusions, les moments de découragement font partie du chemin. Cette semaine a été une sorte de laboratoire personnel, avec ses réussites et ses limites. Le plus important, c’est que j’ai maintenant un regard plus lucide sur ce que je produis et comment je peux agir, sans me mettre la pression inutilement.

Rachel Besson

Rachel Besson publie sur le magazine Qarboon des contenus consacrés au CO2 supercritique, à ses applications industrielles et aux enjeux de compréhension qui l’entourent. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux situer cette technologie et ses usages.

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