J’ai essayé de ne prendre que le train pendant trois mois pour tous mes déplacements

Rachel Besson

avril 15, 2026

Le premier matin, j'ai déposé ma voiture au parking proche de la gare et embarqué dans le premier TGV de la journée. J'avais décidé de ne prendre que le train pendant trois mois pour tous mes déplacements, afin de voir si je pouvais réellement réduire mon empreinte carbone. Mes trajets se sont déroulés en milieu urbain et périurbain, avec des distances oscillant entre 15 et 300 km. J'ai aussi voulu mesurer concrètement l'impact sur mon temps de trajet et sur mon budget, en gardant un œil précis sur les correspondances et les aléas. Ce choix m'a poussée à réorganiser totalement mes déplacements, avec un rythme quotidien intense, cinq jours sur sept.

Comment j'ai organisé mes déplacements en train pendant trois mois

J'ai posé un cadre strict pour ce test : trois mois complets, sur une base de cinq jours de déplacements par semaine. Les distances variaient beaucoup, parfois un trajet de 15 km en TER, d'autres fois un TGV rapide couvrant près de 300 km. Je me suis déplacée essentiellement autour de Rennes, avec des trajets entre la ville et des zones périurbaines moins bien desservies. Cette diversité m'a obligée à jongler entre plusieurs types de trains et plusieurs gares, parfois en correspondances serrées.

Pour gérer tout ça, je me suis abonnée à un forfait mensuel SNCF couvrant plusieurs zones, ce qui a stabilisé mes coûts. J'ai aussi utilisé l'application SNCF Connect pour réserver mes billets, souvent plusieurs jours à l'avance, histoire de bénéficier des tarifs les plus bas possibles. Le comparateur d’horaires m’a beaucoup servi pour anticiper les correspondances, surtout entre TGV, Intercités et TER. J’ai découvert que certains trajets combinant TGV et TER pouvaient être très longs si la correspondance n’était pas optimale.

J’ai aussi appris à gérer les imprévus. Par exemple, j’ai dû recalculer mes marges sur les correspondances après plusieurs retards, notamment un incident où un retard de 5 minutes a entraîné 45 minutes d’attente. Ça m’a poussée à ajouter au moins 45 minutes de marge sur mes correspondances critiques. J’ai aussi évité les trains trop chargés, qui me laissaient souvent debout, ce qui fatiguait rapidement. Pour cela, je privilégiais les départs tôt le matin ou en milieu de journée, quitte à décaler un peu mes rendez-vous.

Mon objectif principal était de réduire mon empreinte carbone en évitant les trajets en voiture. J’ai suivi précisément mes temps de trajet, en les comparant avec ceux que je faisais en voiture avant le test. Le budget a aussi été un point clé, en intégrant non seulement le prix des billets, mais aussi l’abonnement mensuel et les frais annexes comme les transports en commun pour rejoindre certaines gares. J’ai noté chaque dépense pour voir si le train pouvait être une solution viable économiquement.

Je tenais aussi à prendre en compte les aléas, comme les retards ou les annulations, qui peuvent vite compliquer l’organisation. Je notais ces incidents pour analyser leur impact réel sur ma journée. Ce suivi précis m’a permis de mieux comprendre les limites de ce mode de déplacement, surtout en zone périurbaine où la fréquence des trains est moindre.

La réalité du quotidien entre retards, correspondances et confort

Les premières semaines, j’ai apprécié le confort des trains, surtout à bord des TGV et Intercités. L’espace pour étaler mes dossiers et travailler sur mon ordinateur portable était un vrai plus. Je sentais nettement une baisse du stress, ne plus avoir à gérer la circulation et le stationnement. Par contre, les horaires fixes m’ont vite frustrée. Certains trains étaient trop tôt ou trop tard, et je me retrouvais souvent obligée d’attendre en gare, parfois jusqu’à 20 minutes, ce qui ne me plaisait pas.

Un moment m’a particulièrement marquée. Un retard de 5 minutes sur un train régional m’a fait rater ma correspondance pour un Intercités. Au lieu de quelques minutes d’attente, j’ai passé 45 minutes sur un banc de la gare, le vent froid me glaçant les mains. Le stress est monté en flèche : je voyais mon rendez-vous se rapprocher, sans certitude de pouvoir y être à l’heure. Cette attente prolongée m’a rappelé à quel point la chaîne de correspondances peut être fragile, surtout avec des retards cumulatifs.

J’ai aussi remarqué des nuisances sonores gênantes. En approchant des gares, le bruit aigu des freins, lié au glaçage des plaquettes, était bien perceptible en cabine. Ce crissement récurrent m’a perturbée plusieurs fois, rendant la concentration difficile. Et puis, sur certaines lignes régionales, j’ai senti des vibrations anormales, dues à l’ovalisation des roues, ce qui rendait le trajet moins agréable. Dans les gares non électrifiées, l’odeur de gazole était parfois forte, ce qui m’a surprise et dérangée durant l’attente.

Face à ces contraintes, j’ai dû ajuster ma méthode. J’ai augmenté mes marges de sécurité sur les correspondances, ce qui a allongé mes temps de déplacement mais réduit mon stress. J’ai aussi choisi des trains moins chargés, quitte à changer mes horaires. Par exemple, je préférais partir à 7h30 plutôt qu’à 8h15 pour éviter la foule et les trajets debout. Cette adaptation m’a permis de mieux gérer la fatigue liée aux déplacements, même si ça réduisait un peu ma flexibilité.

Au fil du temps, j’ai appris à anticiper certains signaux avant-coureurs de retards, comme des annonces récurrentes ou des ralentissements signalés dans l’appli SNCF Connect. Ignorer ces alertes m’a déjà coûté une correspondance et une attente d’une heure trente, un épisode qui m’a découragée. J’ai aussi fait l’erreur de réserver des billets non échangeables, ce qui m’a fait perdre une trentaine d’euros lorsque j’ai dû changer mes plans. Ces erreurs m’ont forcée à devenir plus rigoureuse dans ma planification.

Le phénomène de cavitation dans les pompes de climatisation en été a causé une panne intermittente sur un train Intercités, avec une chaleur étouffante en cabine. Ce détail technique, que je n’imaginais pas, a rendu le trajet particulièrement désagréable. Ces petites pannes, bien que ponctuelles, impactent l’expérience globale et la régularité du service. J’ai compris que le train, loin d’être un système parfait, demande une certaine tolérance aux aléas techniques.

Ce que j'ai constaté sur le temps, le budget et l'empreinte carbone

En comparant mes temps de trajet, j’ai constaté une augmentation moyenne de 30% par rapport à la voiture. Sur un trajet de 100 km, par exemple, je passais en moyenne 1h30 alors qu’en voiture, cela prenait environ 1h10. Parfois, cette différence atteignait 40%, surtout sur des trajets combinant plusieurs correspondances. Le coût mensuel des billets variait entre 180 et 230 euros, selon la fréquence et la distance, ce qui reste supérieur aux dépenses liées au carburant et au stationnement que j’avais avant.

Sur le plan écologique, j’ai calculé que remplacer environ 3 000 km de trajet voiture par le train m’a permis d’économiser près de 600 kg de CO2. Cette réduction immédiate m’a confortée dans mon choix initial. Pourtant, j’ai appris qu’il vaut mieux nuancer cet avantage, car certains trajets en train non électrifiés génèrent encore des émissions non négligeables. La fabrication des billets, la maintenance des infrastructures et la production des trains participent aussi à un impact indirect que j’ai pris en compte dans mon bilan.

La comparaison budgétaire m’a aussi appris que le train n’est pas forcément plus économique. En voiture, je payais un peu moins en carburant, assurance et parking, mais je subissais aussi le stress de la conduite. En train, mes dépenses étaient plus élevées, surtout en période de forte affluence où les tarifs grimpaient rapidement. J’ai aussi noté une fatigue différente : moins de tension au volant, mais plus de fatigue liée aux trajets debout aux heures de pointe et aux temps d’attente.

L’impact écologique du train reste complexe. Les trajets en zones non électrifiées, avec des locomotives diesel, produisent plus de CO2 que les TGV. J’ai aussi appris que la production et la distribution des billets, même électroniques, génèrent des émissions indirectes. Enfin, l’entretien des voies et des équipements demande une énergie que je n’avais pas envisagée. Cette prise de conscience m’a poussée à reconsidérer l’ensemble du cycle de vie du transport ferroviaire.

Mon bilan après trois mois à ne prendre que le train

Ce qui a vraiment fonctionné, c’est la réduction nette de mon empreinte carbone. J’ai réussi à éviter plusieurs milliers de kilomètres en voiture, ce qui a un impact visible sur mes émissions personnelles. J’ai aussi gagné en qualité de vie pendant les trajets : pouvoir lire ou travailler sans regarder la route a changé ma perception du déplacement. La gestion de mon temps s’est améliorée, même si j’ai dû accepter des horaires moins flexibles. J’ai apprécié ce temps à moi, loin du stress de la conduite.

Les contraintes majeures ont été la rigidité des horaires et les retards cumulés qui ont parfois gâché mes journées. Le coût a parfois été élevé, surtout quand j’ai dû acheter des billets en dernière minute. La perte de flexibilité m’a poussée à planifier plus à l’avance, ce qui ne correspond pas toujours à mes impératifs professionnels. Aux heures de pointe, la saturation des trains m’a obligée à rester debout, ce qui a augmenté ma fatigue. Ce dernier point m’a surprise, car je ne m’attendais pas à être aussi exposée physiquement.

Ce test m’a semblé pertinent surtout pour les profils urbains ayant un accès facile aux gares et des horaires relativement fixes. Pour les personnes sensibles à la réduction de leur empreinte carbone, le train offre un vrai levier. En revanche, pour ceux qui vivent en zones périurbaines mal desservies ou qui doivent faire face à des déplacements urgents, le train montre ses limites. J’ai vu à plusieurs reprises que les correspondances étaient trop longues ou incertaines, ce qui fragilise la fiabilité globale.

J’ai envisagé plusieurs alternatives pour tenter d’équilibrer ces contraintes. La combinaison train et covoiturage pour les derniers kilomètres m’a paru un bon compromis, offrant plus de flexibilité tout en limitant les émissions. J’ai aussi testé le vélo pour rejoindre certaines gares, ce qui m’a permis de garder une activité physique et de réduire mes trajets en transport motorisé. Enfin, j’ai gardé la voiture pour des déplacements ponctuels nécessitant une grande flexibilité, notamment les urgences professionnelles.

Rachel Besson

Rachel Besson publie sur le magazine Qarboon des contenus consacrés au CO2 supercritique, à ses applications industrielles et aux enjeux de compréhension qui l’entourent. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux situer cette technologie et ses usages.

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