Ce soir d’hiver où j’ai senti le vrai gaspillage d’énergie chez moi

Rachel Besson

mai 23, 2026

Le cadre de la fenêtre m’a mordu la paume, et un filet d’air froid a glissé dans mon salon près de Lille. J’avais déjà mes bocaux, mes sacs en tissu et mon seau à biodéchets, mais je grelottais quand même. À 36 ans, en couple, sans enfant, avec un logement ancien et un budget serré, j’ai compris que mon obsession du zéro déchet strict ratait la cible. Rédactrice technique freelance spécialisée dans les technologies industrielles du CO2 supercritique, avec 10 ans de rédaction technique et un Master en Génie des Procédés (Université de Lille, 2012), j’avais fini par lire les repères de l’ADEME autrement. Je vais te dire dans quels cas ça tient, et dans quels cas ça coince.

Au début, je croyais que réduire mes déchets allait tout changer

Au départ, j’ai voulu agir vite. J’ai choisi le vrac, les contenants réutilisables et trois gestes simples, sacs en tissu, gourde, savon solide. Après mes journées de rédaction, je n’avais pas la tête pour un grand chantier écologique, alors cette voie me paraissait la plus directe.

La première semaine, j’ai eu un vrai soulagement. La poubelle se remplissait moins vite, et je voyais enfin ce que je gardais dans mon frigo. J’ai même noté que je passais d’une poubelle pleine chaque semaine à un sac toutes les 2 semaines.

Puis la logistique a commencé à peser. Le magasin de vrac me prenait 20 minutes de détour chaque semaine, et je rentrais avec des sacs chargés, des pots à remplir et une vaisselle en plus. Le frigo s’est retrouvé plein de bocaux identiques, avec des étiquettes à moitié décollées, et la cuisine a perdu toute légèreté.

Le jour où j’ai senti ce courant d’air froid, tout a basculé

J’ai posé la main sur le cadre de la fenêtre un soir de janvier, vers 19h40. Le joint laissait passer un petit sifflement, à peine audible, mais le filet d’air me gelait les doigts. Ce contraste m’a tapé plus fort qu’un panier de courses mal pensé.

Je suis ensuite allée regarder ma facture de chauffage avec un œil moins naïf. J’y ai vu 300 euros de trop une année, puis encore 100 euros de trop l’hiver suivant. Là, j’ai compris que ma bataille contre les emballages n’était pas le poste qui me coûtait le plus, ni en argent, ni en carbone.

Le plus vexant, c’est qu’un simple réglage a pesé davantage que mes triomphes en bocal. Baisser le thermostat d’un seul degré m’a donné un confort plus net que trois virées au magasin sans emballage. Calfeutrer une fenêtre a aussi changé la pièce plus vite que tous mes achats durables.

Ce qui coince quand on est strict zéro déchet dans un logement mal isolé

J’ai sous-estimé les ponts thermiques et les infiltrations d’air. Je regardais mes sacs de courses, pas les angles froids du mur ni les joints fatigués. Mon Master en Génie des Procédés (Université de Lille, 2012) m’a appris à aimer les systèmes bien tenus. Mais chez moi je m’accrochais au mauvais levier.

Le courant d’air faisait un bruit minuscule, un sifflement sec au bord du dormant, comme un souffle qui passe là où il ne devrait pas. Le radiateur restait tiède en bas, froid en haut, et la pièce gardait cette sensation glacée qui ne trompe pas. Même la télévision basse ne masquait pas ce petit défaut de la fenêtre.

J’ai aussi voulu remplacer tous les produits jetables d’un coup. Mauvaise idée. Entre les bocaux à laver, les couvercles qui rouillaient après plusieurs passages au lave-vaisselle et le seau à biodéchets qui prenait une odeur aigre si je traînais, j’ai fini par lâcher l’affaire un soir de fatigue.

Quand j’ai arrêté de courir après le vrac parfait

À ce stade, j’ai choisi un zéro déchet plus souple. J’ai gardé ce qui me simplifiait la vie, et j’ai arrêté de courir après une cuisine irréprochable. C’est là que les repères de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME) m’ont vraiment servi. Parce qu’ils remettent les gros postes au centre.

  • Je garde le vrac quand le magasin est sur mon trajet habituel, pas quand il me rajoute 20 minutes de détour.
  • Je garde les contenants réutilisables quand ils servent vraiment, pas quand ils remplissent déjà tout le placard.
  • Je préfère des rideaux épais, des joints neufs et un thermostat plus bas à une course de bocaux .

Pour un logement ancien ou mal isolé, je mets clairement la priorité sur la chaleur et l’air qui passe. Je calfeutre, je vérifie les joints, je baisse d’un degré, et je nettoie la VMC si je vois de la poussière. Pour le diagnostic précis d’une chaudière ou d’un problème de rénovation, je m’arrête là et je passe la main à un spécialiste du bâtiment.

Pour un logement neuf ou bien isolé, avec du temps et de la place, le zéro déchet strict peut tenir. Je le vois comme un bonus, pas comme une croix à porter. Et je garde une marge, parce que la perfection finit par user plus vite que le plastique qu’on voulait éviter.

Mon bilan après un an : moins de stress, plus de chaleur, et un vrai impact

Après un an, j’ai cessé de traiter chaque emballage comme une victoire ou une faute. J’ai gardé mes sacs en tissu, ma gourde et quelques bocaux, mais j’ai arrêté d’empiler les contenants pour le plaisir de bien faire. Mon frigo respire mieux, mon placard aussi, et je ne passe plus mes soirées à transvaser.

Le changement le plus visible reste ailleurs. Ma poubelle passe maintenant toutes les 3 semaines, pas chaque semaine, et je vis mieux avec cette cadence. Côté chauffage, la fenêtre calfeutrée et le degré en moins ont pesé plus lourd que toutes mes économies d’emballages réunies.

Je ne prétends pas que mon cas vaut pour tout le monde. Mais, chez moi, la hiérarchie est claire, et la ADEME m’a aidée à la remettre à l’endroit. Quand je cherche du résultat concret à la maison, je traite d’abord les fuites d’air, puis les déchets.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Pour qui oui

Je garde le zéro déchet, même en version souple, pour un couple sans enfant qui vit dans un logement bien isolé et qui accepte 20 minutes de détour par semaine pour le vrac. Je le garde aussi pour quelqu’un qui a déjà un placard simple, peu de stockage et l’envie de réduire ses sacs sans se mettre la pression.

Je le garde encore pour les profils qui aiment les habitudes stables. Un sac en tissu, une gourde, quelques contenants, et ça suffit largement si le logement suit derrière. Dans ce cas, le système tient, et la cuisine reste lisible.

Pour qui non

Je le déconseille à une personne qui vit dans un logement ancien, avec des joints qui sifflent le soir. Un radiateur tiède en bas et froid en haut, et une facture qui grimpe. Je le déconseille aussi à quelqu’un qui n’a déjà plus de place pour ranger des bocaux .

Je le déconseille enfin à ceux qui veulent tout changer d’un coup. J’ai tenté cette version, et elle m’a surtout laissée avec de la fatigue, des couvercles à surveiller et une cuisine encombrée. Pour quelqu’un qui accepte de calfeutrer une fenêtre, de baisser le thermostat d’un degré et de laisser tomber le bocal parfait, ça peut marcher. Mon verdict : je préfère le zéro déchet souple, parce qu’il me laisse de l’air. De la place et un effet réel chez moi, tandis que le strict devient vite un piège dans un logement qui perd déjà sa chaleur.

Rachel Besson

Rachel Besson publie sur le magazine Qarboon des contenus consacrés au CO2 supercritique, à ses applications industrielles et aux enjeux de compréhension qui l’entourent. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux situer cette technologie et ses usages.

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