Porter ma trottinette de 15 kilos dans le métro a tout de suite tiré sur mes épaules, à la Gare du Nord. Depuis le Nord, pas loin de Lille, je suis partie 2 jours à Paris. J'ai voulu voir si ce poids valait le coup face à un vélo en ville. En tant que Rédactrice technique freelance spécialisée CO2 supercritique, j'ai l'habitude de repérer les promesses trop lisses. J'étais sûre de moi jusqu'aux trois étages d'escalier. Je vais te dire pour qui la trottinette vaut le coup, et pour qui c'est un piège.
Quand j’ai compris que le poids et le pliage ne faisaient pas semblant
On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et je cherchais un engin discret pour les trajets de 3 km. Je voulais aussi éviter la sueur, parce que je rentre déjà avec un sac plein et la tête chargée. Mon Master en Génie des Procédés (Université de Lille, 2012) m'a appris à regarder ce qui coince dans le détail. Le poids, ici, a pris toute la place.
Le premier vrai test, ce sont les marches étroites du métro. J'ai levé la trottinette par la potence, et j'ai senti les 15 kilos tirer vers l'arrière à chaque marche. Après 3 étages, mes épaules brûlaient, et je me suis retrouvée à serrer le guidon comme si j'allais lâcher l'engin. Dans la foule, un objet long et lourd devient vite un embarras.
Le pliage m'a aussi agacée. Le petit clac du mécanisme s'est mis à faire un toc au moindre pavé, et le jeu dans la potence m'a rendue méfiante. J'ai été frappée par la batterie, parce que la barre semblait correcte le matin puis chutait bien plus vite quand il faisait froid. Un jour, en pleine côte, elle est tombée à un tiers environ, et je me suis retrouvée à pousser les derniers mètres.
Je n'avais pas mesuré non plus la différence entre une fiche produit et la vraie rue. J'ai aussi compris qu'un pneu un peu mou transforme la trottinette en planche à vibrations. Sur un joint de dilatation, mes poignets encaissaient tout, et je sentais la machine trembler jusque dans les avant-bras. Une plaque d'égout mouillée m'a même fait lever le pied en urgence.
Depuis, je suis devenue plus sévère avec les petits défauts qui paraissent anodins. Un bruit de frottement après un trottoir, puis une direction flottante, et je n'ai plus confiance. J'ai aussi vu une chambre à air se vider lentement, jusqu'à rendre la roue molle en quelques heures. Quand le freinage sur sol humide devient glissant, je n'ai plus envie d'improviser.
Pourquoi le vélo a pris la main sur mes trajets
Le vélo m'a paru plus franc dès les premiers kilomètres. Sur les pavés, les joints de dilatation et les ralentisseurs, je sentais moins les chocs dans les poignets et les chevilles. Avec la trottinette, les petites roues renvoyaient tout dans les mains. Au vélo, j'ai retrouvé un souffle plus calme après 6 sorties, et le pédalage est devenu moins lourd.
L'encombrement reste réel, je ne le nie pas. J'ai dû chercher un arceau correct rue Faidherbe, et l'antivol a pris une place mentale que la trottinette n'avait pas au début. Une fois, j'ai oublié de doubler l'antivol, et j'ai passé 10 minutes à regarder la selle. Mais le vélo m'a évité la recharge et la petite angoisse de voir une batterie baisser à mi-journée.
Côté entretien, le vélo a été plus simple à vivre. J'ai repéré une crevaison lente parce que la roue semblait un peu basse au réveil, et l'atelier du quartier a réglé ça sans drame. Sur la trottinette, une chambre à air qui fuit lentement devient vite pénible, parce que la roue s'écrase en quelques heures. J'entends aussi le petit bruit de chaîne avant qu'il ne tourne mal, ce qui me laisse le temps d'agir. Quand j'ai attendu trop longtemps pour le frein arrière, le mordant a perdu de sa netteté.
Sur mes trajets de 5 km, le vélo m'a aussi fait gagner de la sérénité. J'ai chronométré 18 minutes contre 21 minutes en trottinette sur un trajet avec deux feux et une pente légère. La différence n'est pas énorme sur le papier. Moi, je retiens surtout que je suis rentrée plus fraîche.
Le jour où j’ai lâché la trottinette pour de bon
Le déclic est venu un soir de pluie, dans un escalier long et étroit près de Châtelet. Je portais la trottinette d'une main, mon sac de l'autre, et j'ai dû m'arrêter au milieu parce que l'engin me cisaillait l'avant-bras. J'étais rentrée tard, avec mon compagnon, sans enfants, et je n'avais plus une minute de marge. Je me suis sentie surtout bête d'avoir cru qu'un objet de 15 kilos resterait facile à manier.
J'ai fait trois erreurs. J'ai sous-estimé le poids réel, j'ai oublié la fréquence du portage, et j'ai minimisé le stress du pliage rapide quand le quai se vide en 40 secondes. J'étais partie du principe qu'un trajet court efface tout le reste, alors que ce sont justement les gestes annexes qui usent. Oui, je sais, je m'étais jurée de ne pas me laisser avoir par une fiche produit.
Le vélo, lui, m'a surprise à l'inverse. Je pensais subir le trafic, et j'ai été convaincue par le rythme plus stable, même sous un ciel gris. Après 6 sorties, je me suis retrouvée à monter une petite côte sans grimacer, puis à freiner plus sereinement sur chaussée humide. Pas terrible au départ, puis bien plus fluide, voilà.
Si je devais trier sans me raconter d'histoires
Je tranche vite quand je vois le profil qui me ressemble. Si je dois monter 3 étages, prendre le métro 4 jours par semaine, et garder un trajet de 3 km, je laisse la trottinette lourde de côté. Je préfère un vélo pliant léger ou un vélo classique, parce que le vrai combat n'est pas le trajet, c'est le portage. Pour un frein qui couine ou une transmission qui saute, je passe par un atelier vélo, pas par des suppositions.
- le vélo pliant léger, si je dois entrer dans le métro et porter l'engin sur 3 étages
- la trottinette à pneus pleins, si je veux moins de crevaisons mais que j'accepte une conduite plus sèche
- la trottinette sous 12 kg, si je ne fais que 2 km plats et qu'aucun escalier ne m'attend
- la marche combinée au bus, si mon trajet devient un puzzle de correspondances
C'est là que j'ai tranché. La trottinette m'intéressait pour le dernier kilomètre, pas pour porter l'objet lui-même. Dès que le trajet demande du poids, des marches ou une marge d'autonomie, je bascule vers le vélo.
Mon bilan sans concession : pourquoi j’ai choisi le vélo même si ce n’est pas parfait
Mon bilan tient en 5 critères : poids, pliage, sécurité, fatigue, autonomie. En 10 ans comme Rédactrice technique freelance spécialisée CO2 supercritique, je suis devenue plus sévère avec les objets qui promettent la simplicité mais déplacent la contrainte ailleurs. Dans notre foyer à deux, le moindre objet lourd se voit tout de suite. Le vélo demande plus d'effort, mais il me rend moins dépendante d'une batterie et d'une charnière.
Porter ma trottinette de 15 kilos dans les escaliers du métro en pleine heure de pointe, avec mon compagnon et moi en tête, m'a fait comprendre une chose. La légèreté sur le papier ne suffit pas. J'ai dû accepter que mes contraintes physiques et de vie à deux ne collaient pas avec la promesse marketing de la trottinette légère. Cette lucidité m'a libérée d'un stress inutile.
Mon Master en Génie des Procédés (Université de Lille, 2012) m'a laissé un réflexe simple, regarder le cycle complet. Les repères de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME) sur les mobilités sobres m'aident aussi dans ce tri. Le vélo reste plus cohérent avec mon quotidien, parce qu'il se répare dans un atelier de quartier et qu'il ne dépend pas d'une recharge. Je suis plus tranquille avec ça.
Je ne fais pas semblant de vendre le vélo à tout le monde. Si porter un poids déclenche une douleur, je regarde d'abord du côté d'un vélo pliant, d'un avis médical ou d'un kiné selon le cas. Pour un réglage technique de frein, je laisse aussi un atelier prendre le relais. J'ai fini par admettre que la promesse de la trottinette légère ne collait pas à ma réalité, et cette lucidité m'a soulagée.
Mon verdict : pour qui oui, pour qui non
pour qui oui : je la vois pour une personne qui fait 3 km plats, pour un couple sans enfant qui ne porte l'engin que sur 1 étage, ou pour quelqu'un qui garde son trajet sous 2 km jusqu'à la gare. Dans ces cas-là, elle sert le dernier kilomètre sans trop de détour. Le pliage compte, et le poids reste gérable. La trottinette remplit son rôle.
pour qui non : je l'écarte pour une personne qui porte 15 kilos sur 3 étages, pour un quotidien avec pavés et plaques humides, ou pour un trajet où la batterie doit tenir en hiver. Je l'écarte aussi dès qu'je dois laisser l'engin dehors toute la journée, parce que le vol et le stationnement prennent vite toute la place mentale. Là, le vélo classique ou pliant me paraît plus net. Je n'ai pas besoin d'un objet qui m'ajoute une étape supplémentaire.
Mon verdict : je choisis le vélo pour quelqu'un qui accepte un peu d'effort, qui cherche un engin plus stable et qui veut arrêter de compter chaque pourcentage de batterie. Entre Gare du Nord, le passage chez Decathlon et mes trajets du quotidien, mon choix est net. Pour moi c'est oui au vélo, et non à la trottinette lourde, parce qu'elle m'ajoutait une contrainte au lieu de m'en enlever une.


